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Infos et critiques sur les sorties cinéma et séries TV / lieu d'échange destiné aux passionnés.

Midnight special... Le retour de la vraie S-F.

Midnight special... Le retour de la vraie S-F.

Terrible question existentielle le weekend dernier...

D'un côté un blockbuster (au sens propre comme au sens figuré) opposant deux figures légendaires de l'univers DC Comics, j'ai nommé Batman vs Superman, et de l'autre un film de science-fiction (ouvertement ?) inspiré d’œuvres majeures des années 60 à 80.

Il ne m'a pas fallu longtemps pour faire pencher la balance en faveur de Midnight special, de Jeff Nichols, et à raison. D'autant qu'il n'a pas démérité sa présence en compétition à la dernière Berlinale.

Je l'avoue sans détour, je n'ai toujours pas vu Mud et Take shelter, présentés tous deux à Cannes et mettant en scène son acteur fétiche Michael Shannon. Cependant après avoir découvert cette pépite "extra cinématographique", je me suis promis de les visionner très prochainement pour combler ce retard (vive la VOD) ! [ATTENTION SPOILERS]

Le pitch : pour protéger son fils doté de pouvoirs extraordinaires, un homme à choisi de prendre la fuite à travers le sud des États-Unis. Recherché par les autorités convaincues d'un enlèvement (le lien parental est plutôt flou), poursuivi par une étrange secte qui avait fait de l'enfant son messie, il est épaulé dans sa cavale par un shérif - ange gardien qui n'aura de cesse de les conduire vers une destination inconnue...

Dès les premières minutes, le ton est donné : une atmosphère sombre et pesante, une musique oppressante, une ambiance anxiogène. La majorité des séquences ont été tournées au petit matin ou de nuit pour mettre l'accent sur les facultés du jeune garçon (il porte des lunettes de plongée en permanence, dissimulant la lumière émise par ses yeux), et entièrement en pellicule 35 mm afin de renforcer le réalisme des scènes nocturnes, de l'aveu même du réalisateur.

Il serait juste de voir dans cette œuvre magistrale un hommage aux nombreux films de science-fiction qui parsèment le répertoire cinématographique. Mais un film recèle toujours une part cachée, ce petit "quelque chose" qui donne le déclic au cinéaste.

Ici, c'est bel et bien l'enfance et la paternité, voire la filiation. Nichols l'a dit lui-même : l'idée du film lui est venue lorsque son fils était gravement malade. Et en effet, ce petit garçon, c'est un peu le vôtre, le mien. Je me suis vu protéger mon fils comme tout papa se doit de le faire. Mais le comportement du père incarné par Shannon dérange parfois : j'ai eu le sentiment d'un père paranoïaque prêt à tout (j'ai lu quelque part que c'est un trait commun avec Take shelter) ! En ferions-nous autant dans des circonstances similaires ? J'espère ne jamais avoir à me poser cette question.

Plus terre à terre, j'y ai vu une forme d'opposition à l'obscurantisme : faut-il arracher ses enfants des griffes de la religion pour les faire grandir malgré tout, les inciter à se forger leur propre opinion (sapere aude) ? Ce serait légèrement extrapoler vous ne croyez pas ? Ceci dit... Bref, je ne me risque pas à ce débat mais encore une fois, cinéma et philosophie sont souvent indissociables.

Ce qui saute aux yeux pour tous les fans du genre, ce sont les nombreuses références cinéma tout au long du récit, à commencer par le film lui-même. On se souviendra évidemment de La Quatrième dimension (multi - 1983), Starman - pas la chanson de David Bowie mais le film de John Carpenter sorti en 1984, Rencontre du troisième type et E.T. (Steven Spielberg), Abyss (James Cameron - 1989), Tomorrowland (Brad Bird - 2015)... mais par dessus tout, et comme un pied de nez au film cité en introduction, à Superman !

Je ne révèle rien puisqu'il suffit de scruter attentivement l'affiche pour contempler la lecture du petit garçon au yeux luminescents... Bingo !

En fait tout dans ce film rappelle quelque peu le destin de Kal-El perdu au milieu d'une espèce à laquelle il n'appartient pas, se sentant investi d'une mission, dépendant du soleil pour maintenir sa force vitale et sa puissance. Les autres évidences sont là : Michael Shannon aka Général Zod (qui s'est esquivé justement de Man of Steel pour tourner ses scènes dans Midnight special), un "héros" déifié par une communauté (ici une secte crédule censé représenter l'humanité)... Sans parler d'un bref échange sur la kryptonite, n'en jetez plus !

Les fans de Star Wars en auront pour leur compte aussi : entre la présence de Joel Edgerton (aka Owen Lars dans les ép. 2 et 3) et Adam Driver (aka Kylo Ren) dans le Réveil de la Force. Pour ce dernier, prêtez bien l'oreille lors de l’interrogatoire qu'il mène au début du film : il fait une allusion très intéressante à un objet qu'il connaît bien ;-)

Pour conclure et vous laisser reprendre après une si longue lecture (mea culpa :-)), une simple interrogation : comment un enfant, fragile et innocent par définition - Alton, le héros, joue aux Lego et lit des BD, peut-il être affublé d'un si lourd fardeau : l'avenir de l'humanité, la transmission du savoir, des valeurs ? N'est-ce pas exagéré de fonder tous nos espoirs en lui (en nos enfants par extension) avant qu'ils aient l'âge de marcher, de répondre de leurs actes ?

Je vais y songer en réécoutant Midnight special par Credence Clearwater Revival* (et encore un clin d'oeil ;-)).

Bientôt minuit, bonne nuit à vous !

* morceau entendu justement dans l'adaptation ciné de la célèbre série TV des Sixties, plus précisément dans le prologue réalisé par John Landis et dont le contexte ressemble étrangement au premières minutes de Midnight special.

Vidéo du célèbre groupe de rock US interprétant "Midnight special".

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