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Moteur action !

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Infos et critiques sur les sorties cinéma et séries TV / lieu d'échange destiné aux passionnés.

CHEZ NOUS de Lucas Belvaux... regard sur la montée de l'extrême droite en France.

Avec l'essor des partis populistes voire carrément d'extrême droite dans toute l'Europe, on peut s'étonner, et à raison, de la faible proportion des longs métrages abordant ce sujet épineux et ô combien alarmant.

Lucas Belvaux, réalisateur belge et à la filmographie désormais riche de dix longs métrages, a eu le courage de s'y coller cette année. Hasard du calendrier ou véritable stratégie de son distributeur, son film sort pile au moment où la campagne électorale bat son plein à quelques mois des élections présidentielles françaises.

C'est encore chez Ciné+ que j'ai eu l'occasion de voir ce 13/02 la projection de Chez nous qui traite, sans le nommer et avec beaucoup de justesse, du FN et de son influence incontestable dans nos provinces, plus précisément ici dans les communes rurales du nord de l'hexagone.

OBJECTIF : INFORMER ET ALERTER...

Comme à chaque fois lors de ces soirées "coup de coeur" offertes par Ciné+, le réalisateur s'est prêté au jeu des questions-réponses en fin de projection avec beaucoup de sincérité. J'ai donc eu le plaisir d'échanger avec lui et l'un des comédiens, Guillaume Gouix.

A Lucas Belvaux, j'ai demandé où a germé l'idée et s'il s'était livré à un important travail de recherche et d'investigation préalablement à l'écriture du scénario : voici ses réponses en vidéo. Quant à son comédien, je l'ai interrogé sur la difficulté de se glisser dans la peau de son personnage, à savoir un individu radicalisé à l'extrême et proche d'une mouvance identitaire néo-nazie : son explication en image.

Brièvement, concernant le cinéaste, il est dans son discours comme dans son film : intègre, droit dans ses bottes et ouvertement critique à l'égard du parti qu'il fustige en toile de fond.

Rappelons que l'histoire est centrée sur Pauline (incarnée par Émilie Dequenne), une jeune infirmière à domicile, très appréciée de ses patients, qui va être approchée par un cadre du Bloc patriotique désireux d'exploiter son capital sympathie en la propulsant sur le devant de la scène, soit comme tête de liste municipale aux côtés de Agnès Borgelle (délicieuse et détestable Catherine Jacob), la présidente du parti. Pauline va bien-sûr accepter de relever le défi, quitte à rompre avec sa famille et ses amis au passage. Cette soudaine et discutable popularité n'ira pas sans risques physiquement et psychologiquement...

UN REGARD AMER MAIS EMPATHIQUE SUR L'ÉLECTORAT FN...

Même si on peut reprocher à Chez nous un certain manque de profondeur des personnages - un camarade blogueur avec lequel j'ai discuté ensuite l'a comparé à Plus belle la vie... je n'irai pas jusque-là  - voire l'endoctrinement trop rapide de son personnage principal - quelques vidéos sur Youtube, la ferveur d'un meeting et hop ! - il faut saluer l'exercice périlleux auquel il s'est livré, en montrant notamment les militants et le discours officieux de l'intérieur. C'est avant tout le résultat d'un long travail de documentation et de lecture, notamment d'un roman de Jérôme Leroy, écrivain et scénariste sur Chez nous, intitulé Le Bloc.

Le film a tout de même été vertement critiqué par les cadres du FN avant même sa sortie, coupant court à toute discussion avec le réalisateur, méthodologie contraire à leur processus de dédiabolisation mais symptomatique d'un art dans lequel ils sont passés maîtres : la mystification et la théorie du complot... C'est donc que Belvaux a touché un point sensible. Je lui ai demandé son avis sur cette fausse polémique.

De son propre aveu, il cible directement les militants et électeurs frontistes, aveugles selon lui face aux véritables intentions de leur parti. Des partisans qu'il cherche à comprendre et à qui il voulait "tendre un miroir" (cf son excellente interview dans le magazine Politis du 16 au 22 février). Ce miroir s'apparente en l'espèce à une commune du bassin minier, Hénard, rappelant étrangement Hénin-Baumont, bastion FN du Nord-Pas-De-Calais, avec les problématiques reprises à l'envi (chômage, insécurité, immigration...) mais surtout à une jeune française un peu perdue idéologiquement, dévouée à son métier d'infirmière, fondamentalement proche de personnes fragiles et aisément influençables, tout comme elle.

Bien que je partage le point de vue de l'auteur, je ne souhaite pas me servir de mon blog comme d'une tribune politique dans ce cas précis. D'une part parce qu'il n'a pas cette vocation et d'autre part parce que ce sujet sensible mérite d'être abordé plus longuement et dans le cadre d'un vrai débat. Je remercie à ce titre l'équipe de Ciné+ qui accueille à la fois les passionnés et les critiques amateurs et nous offre l'opportunité de découvrir une oeuvre inédite. Cette fois-ci, c'est bien d'un débat dont il s'agissait, mais aussi bien-sûr d'une bonne leçon de cinéma.

Chez nous va-t-il réveiller des consciences endormies ou rejoindre les rares films "qui dénoncent" aux oubliettes ? Réponse le 21 février au cinéma...

DES PRÉCÉDENTS CINÉMATOGRAPHIQUES

Si le cinéma US regorge de films sur l'extrême droite (dont le récent Imperium avec Daniel - Harry Potter - Radcliffe), le ciné hexagonal est un peu plus frileux. Cependant un long métrage du réalisateur Diastème avait déjà créé une belle polémique et provoqué un véritable emballement médiatique en 2014-2015, à savoir Un Français ou l'histoire d'un skinhead sur trois décennies (cf fiche sur Allociné).

Il faut remonter au début des années 2000 pour trouver une oeuvre mettant en scène l'extrême droite française et ses dérives, Féroce (2001) avec Samy Naceri et Jean-Marc Thibault. Il s'agissait plutôt d'un polar, alors que le film de Lucas Belvaux s'inscrit dans une chronique sociale, voire sociétale.

CHEZ NOUS de Lucas Belvaux... regard sur la montée de l'extrême droite en France.

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